Les Cévennes : pays des Camisards

Camisard, voilà un nom qui a une valeur particulière sur le territoire cévenol. Les camisards étaient en effet, à partir du 17 e siècle, un groupe d’individu s ayant mené une révolte importante dans les Cévennes . Cette révolte n’est autre que la revendication des droits d’un petit peuple protestant occupant le sol cévenol .

Qui sont les Camisards ?

Avant de parler cette page de l’histoire qui a marqué les Cévennes, essayons d’ en savoir davantage s ur ceux qui en sont les principaux acteurs. À l’origine, les camisards étaient considérés comme de modestes artisans et paysans vivant dans les Cévennes au Moyen Âge .

Rappelons qu’à cette époque, l’ Église catholique avait le monopole sur toute la France et faisait croître sa souveraineté en octroyant des territoires aux évêques, comme c e fu t le cas dans les Cévennes , précisément sur le Gévaudan. Les terres du Gévaudan étaient en effet sous le joug de l’évêque de Mende, devenu le Pape Ubrain V et allié d u roi Louis XIV . Et bien que le Pape Urbain V ait connu des périodes de gloire, il rencontra également quelques obstacles, notamment sur le plan religieux .

Le protestantisme s’étant infiltré sur le territoire cévenol, plusieurs habitants se sont en effet con vertis à cette nouvelle religion interdite sur le territoire français depuis octobre 1685, suite au décret de l’ Édit de Fontainebleau . C’est a insi que les Cévennes voient la naissance d’un nouveau groupe de jeunes gens appelés les camisards , également connus sous le nom de huguenots . Jeunes en effet, car des derniers avaient entre 18 et 25 ans et n’acceptaie nt que la religion protestante, et ce, malgré le fait que leurs parents et familles étaient catholiques .

Après octobre 168 5

Après la révocation de l’ Édit de Nantes, les hug uenots traversèrent des période s sombre s . Ces derniers étaient en effet bannis des cimetières publics et persécutés par les catholiques. Pourchassés, les protestants prirent la fuite et quittèrent la France. On dénombre, entre 1685 et 1717, plus de 200 000 protestants français à se rendre vers les pays protestants en Europe comme la Suisse, la Hollande ou encore l’Allemagne .

Mais ce ne sera pas le cas dans toutes les régions de France. Effectivement, a u sud, notamment dans les Cévennes, le Bas-Languedoc ainsi que le Vivarais, quelques clans refusent de partir. Compte tenu du relief accidenté des Cévennes, favorable pour la clandestinité, et de la situation sociale de la popu lation, à dominante paysage, quitter le territoire semble rester une option .

C’est ainsi que , petit à petit, les protestants des Cévennes se regroupèrent secrètement, et ce, un an seulement après la révocation de l’ Édit de Nantes. Ce sera précisément dans les grottes, les canyons ou encore les forêts que les protestants se recueillirent. Des repères qu’ils nommeront le « Désert ». Un nom qui les identifie à ce peuple hébreu, mentionné dans la Bible, contraint d’errer dans le désert. De plus, l a connaissance qu’avaient les camisards du relief accidenté des Cévennes facilitait également leur déplacement et s’avèrera d’une aide précieu se , notamment lors de leur première et dernière att aque contre les soldats vêtus de rouge du roi surnommés les Dragons .

Les assemblées dans les Causses et autres repères secrets étaient présidées par des pasteurs laïc s , c’est-à-dire des personnes n’ayant reçu aucune formation thé o logique comme des professeurs d’école, des bergers ou des avocats. Ces derniers, appelés « prédicants », se conten taient de baptiser les enfants et de célébrer la messe en s’appuyant sur des sermons écrits par d’autres pasteurs. Ils étaient particulièrement nombreux dans les Cévennes ainsi que le Bas-Languedoc . On dénombra environ 60 prédicants dans cette région de France. Parmi eux, Claude Brousson, considéré comme le chef de l’ Église du Désert, écrivait ses propres prédications. Il sera également celui qui fera germer dans la tête des Camisards l’envie de prendre les armes .

Le début de la lutte des Camisards

Poursuivis par les Dragons, les prédicants se font arrêter petit à petit tandis que les participants des assemblées, capturés, sont condamnés aux galères ou en prison. Les prédicants furent en majorité exécutés. Seule une minorité put s’enfuir à l’étranger. Après cette chasse sanglante , la quasi-totalité des prédicants et des pasteurs fut éliminée au début des années 1700. Cette chasse à l’homme a, pour ainsi dire, déclenché la guerre des Camisards .

Quelques pas teurs clandestins alimentent ce qu’ ils appell ent le « réveil religieux » , comme Abraham Mazel qui obtint son titre de pré dicant la nuit du 9 octobre 1701. Celui-ci invita en effet ses frères à prendre les armes afin de comb at tre l’ Église romaine et le roi. La première action de Mazel , réalisée en juillet 1702, sera de délivrer ses jeunes compagnons capturés à l ’abbé du Chaila lors de leur fuite vers le territoire suisse . Le massacre commença ! L’abbé du Chaila fut incendié et le prêtre tué à cou ps de poignar d au Pont-de-Montvert . Juillet 1702 marque le début de la guerre des camisards , appelée également la « guerre des Cévennes » .

Les Camisards contre les Dragons

Après l’ assaut donné par Abraham Mazel , sous les ordre s d’Esprit Séguier , de nombreux soulèvements se sont manifestés. L es églises catholiques sont brûlé e s et les prêtres condamnés à la mort ou forcés de partir en exil . Les Camisards attaquent peu à peu les communes et accumulent les victoires entre novembre et décembre 1702. Le roi, lassé de ces guerres religieuses, envoie ses troupes afin de mettre fi n à ce conflit qui met Sa Majesté en danger. Le roi Louis XIV décide de raser le pays à la fin de l’année 1703. La guerre ent re les Camisards et les Dragons, commandés par le maréchal de Montrevel, commence alors. Plus de 450 villages furent incendiés .

Désavantagés en nombre, les Camisards, comprenant seulement 2 000 individus, menèrent les soldats jusque dans les zones difficilement accessibles des Cévennes. Un endroit stratégique pour les camisards qui étaient majoritairement des bergers et qui, par conséquent, connaissaient parfaitement chaque recoin. Mais cela n’a pas suffi et face à plus de 25 000 soldats, les Camisar ds furent contraints de déposer les armes en 1705 lorsqu’un immense incendie ravagea les Cévennes. Cette lutte n’a cependant pas été vaine, car, à la fin du règne de Louis XIV, le protestantisme commence à vivre des jours meilleurs.